Chez – Gratin Dauphinois de Joël Robuchon

On vous avait dit à quel point on aimait les patates ? :)
Aujourd’hui, on révise nos classiques de la cuisine française : le gratin dauphinois chez Joël Robuchon. Autant vous dire qu’avec une telle référence, ce gratin est une tuerie !
Facile à faire, un peu long à cuire certes, mais il faut le mériter ce gratin après tout. ;)

Un penchant pour les penchants

Le mot penchant me renvoie immédiatement à l’exercice que constitue Carpe Webem, à ce qui fait à la fois sa difficulté et son intérêt. C’est, à chaque exposition, essayer de faire un peu plus que se pencher sur elle, ce qui ne suffirait pas à faire un article vivant.

Pour faire plus que se pencher sur, il faut avoir un penchant pour. Il faut que les différents aspects de l’exposition forment un tout, une conscience d’ensemble à laquelle on puisse s’attacher. Alors, ce qui n’était encore qu’une vague d’impressions, une avalanche d’idées, devient une constellation de concepts et d’illustrations qui ne demande qu’à se changer en encre pour mieux se déployer face au lecteur. C’est un moment de passion, une déferlante de mots, une écriture frénétique, des frissons, … c’est peut-être ça qu’on appelle inspiration, le plaisir associé à une compréhension même partielle, à sa présentation sur le papier. C’est une sensation bien difficile à expliquer, et pourtant on la retrouve, identique, en chronique d’exposition aussi bien qu’en démonstration mathématique et, j’en suis convaincu, en exposé philosophique.

Enfin, que retire-t-on de ces passions répétées, tous azimuts ? Une tendance aux penchants. Une souplesse, pourrait-on dire. Une faim aussi d’en voir toujours plus. Je ne suis peut-être plus un amateur d’expositions, mais un coureur de penchants. Est-ce donc ça que l’on appelle être un esthète ?

Histoire.

Supplément

Un cadeau de naissance pour un petit garçon, la jolie couverture au point de dentelle  Shale Baby Blanket de Jared Flood.

 

Tricotée en MCN Worsted couleur Robin’s egg  de Viola

(merci à Kim qui m’a envoyé des Etats Unis l’écheveau qui me manquait pour terminer)

Un motif vintage feather & fan qui peut traverser le temps, sans ce démoder.

La délicatesse des couleurs de Viola avec les petits points bleus qui parsèment le fil

l’ombre d’Opale qui se glisse furtivement sur la photo, petit fantôme

un  petit supplément d’âme pour accueillir l’arrivée prochaine d’une nouvelle âme.

 

Page Dix

Et voilà, la boucle est bouclée et je termine ce périple sous le couvert d’une confidence…

Mais qui a donc élargi le goulet d’étranglement du sablier ?

Qui a subtilisé la zapette et en a profité pour faire défiler les images de ma vie  au rythme d’un tempo qui frise la démence ?

Qui donc a décidé de me propulser dans le temps en oubliant d’activer l’option « pas si pressée que ça » ?

Il faut que ça s’arrête ! Je freine des deux pieds, mais rien n’y fait. L’échéance approche, sournoise, dans un déhanchement méprisant, barrée d’un rictus qui me fout les boules.

J’aperçois dans son sillage tout le cortège des petits maux qui, tel un fan-club, ne la quitte pas d’une semelle. J’ai reconnu « courbature », grâce à ses courbes disgracieuses, « vue qui baisse » et sa panoplie de lunettes jamais adaptées aux fluctuations aléatoires d’une vision à la dérive, « mémoire incertaine » qui fouille désespérément dans son sac à dos pour tenter de retrouver les mots, les objets qu’elle oublie, la plupart du temps, d’emporter. Et puis, je distingue aussi « cor aux pieds », bien qu’il essaie de se planquer dans des pantoufles orthopédiques, suivi de près par un agenda qui exhibe fièrement en lettres rouges toutes les activités que je n’ai pas pu achever « parce-que-je-vais-moins-vite-qu’avant ».

Vous êtes encore là ? Si c’est le cas, je vous remercie de m’avoir accordé une oreille attentive (tiens, en parlant d’ouïe…) parce qu’aujourd’hui, j’avais vraiment besoin de me confier. Oui je l’avoue, l’approche de la cinquantaine déclenche chez moi des accès passagers de grande consternation, mais je me soigne ! (Ah ! il faut que je prenne rendez-vous chez mon médecin pour le check-up recommandé à toute personne qui franchit le demi-siècle, même à reculons)

17 janvier 18 heures 38

Image

A qui d’autre peut on se confier ?

Chez nous

Pour ma dernière contribution à ce défi, j’ai choisi de faire un clin d’oeil à Pierre de Ronsard. J’en profite pour adresser mes cordiales salutations à tous ceux qui nous ont suivi.
« Mignonne qui vient de pousser le portillon de mon potager, je devine chez toi un coeur chargé de chagrin. Sur ton visage coule une perle de rosée. Prends ma main et viens chez moi, effacer tes tracas. Chez moi tu déambuleras dans des allées bordées de rosiers parfumés qui sècheront tes larmes d’une caresse de leurs pétales. Le soir, dans le fauteuil tressé d’osier, tu te laisseras envouter par les effluves de jasmin et de chevrefeuille. Et quand le soleil se couchera nous verrons peut-être la famille hérisson sortir de chez elle, là-bas sous le tas de bois pour faire le ménage chez les nuisibles qui menacent les légumes. Chez moi, ton coeur se réchauffera au coin de la cheminée. Alors, tu repartiras chez les autres le coeur apaisé. Mais si un jour, chez toi, tu te sens perdue dans la ville tentaculaire, n’oublies pas ce jardin d’Eden où le temps s’est arrêté. Et si l’envie te viens d’apprendre comment avoir la main verte, alors reviens chez moi. Nous serons bien chez nous!. »

Confier

Le naturel, une pose ?

Pour quelqu’un de marqué par le dandysme, parler de naturel est un exercice bien difficile. Que ferait un dandy du naturel ? Normalement, il lui demande de bien vouloir rester en coulisses pendant que la pièce se joue. Et bien vite, la scène s’avérant confortable, le besoin de retrouver le naturel s’efface. On pourrait peut-être même s’apercevoir en même temps que plutôt qu’un naturel auquel il faudrait se conformer toute sa vie, le remplacer par une identité comme on écrirait un rôle est bien plus passionnant, plus riche et plus vivant. Le naturel, celui qu’ils portent aux nues comme quelque chose auquel il faudrait revenir, paraît bien artificiel. On est bien du même avis qu’Oscar Wilde : « To be natural is such a very difficult pose to keep up. »
Imaginez, être naturel, c’est comme être un comédien qui ne saurait jouer qu’un personnage. Non, non, non. Et tant pis pour le naturel des coulisses, on le rangera avec le portrait de Dorian Gray.

En avant !

Beaucoup d’accros au tricot souffrent de cette maladie qu’on appelle vulgairement la « castonite » elle vient du terme anglais « cast on » = monter des mailles et se définit par une équation déséquilibrée entre le nombre des projets que l’on commence et ceux que l’on termine.

C’est vrai que la tentation est grande, on accumule de la laine et de nouveaux projets attrayant sont publiés sans cesse.

Le dernier en date étant le nouveau livre de Brooklyn Tweed « Spring Thaw » des photos sublimes, un design simple et raffiné bourré de petits détails élégants sans aucun tape à l’oeil. Les 64 pages de ce livre sont visualisables en ligne et téléchargeables en pdf… pour rêver.

En général c’est là que la machine à projection se met en route dans ma tête. J’ai repéré mes modèles préférés, je commence à les imaginer : quelle laine choisir ? comment les adapter ?  Utiliser la laine proposée serait à la fois trop simple (où est le plaisir de suivre à la lettre les indications?) et trop compliqué car il faut la commander aux USA et pour l’instant j’ai résisté vaillamment aux tentations de la Shelter et de la Loft, les deux laines de Brooklyn Tweed, alors c’est pas le moment de craquer.

Par contre je vous recommande vivement la lecture des 5 articles qui détaillent toute la fabrication de ces laines ICI, mais sachez que c’est encore plus dur de ne pas craquer après avoir vu ça !

© Jared Flood/Brooklyn Tweed

Je jette mon dévolu sur un modèle, par exemple le Quill, une simple couverture carrée mais portée comme un châle avec sa bordure en dentelle, il faut  1100 yards de laine fingering pour réaliser ce « petit » modèle.  Alors je fais le tour de mes laines, quelle couleur ? Unie ou nuancée ? Quelle matière ? Ce genre de châle doit il avoir le tombé de l’alpaga, de la soie, du bambou ?  Ou plutôt la légèreté du mohair ? Le toucher moelleux de certain mérinos ? Et pourquoi pas le faire dans une laine plus fine ?

Cette machine à conjectures fonctionne jour et nuit, je peux me relever pour aller assortir deux écheveaux. Je peux aussi changer d’avis des dizaines de fois avant de me lancer dans un projet.

Mais dans toute mon activité de tricoteuse, je crois que ce moment -AVANT- est mon préféré. Une fois que le projet est sur mes aiguilles, je le termine tant bien que mal, parfois dans la joie et parfois dans la souffrance. Il arrive aussi que le résultat final me surprenne, que je m’attache, que je me lasse et que je traine des pieds pour ne pas terminer trop vite (un peu comme un bon roman qu’on a envie de savourer page après page quitte à revenir en arrière pour relire certains passages) quitte à défaire quelques rangs pour corriger une erreur mineure, mais qu’importe ça sera parfait.

En cours un modèle de couverture de Jared Flood Shale Baby Blanket  tricoté en Viola MCN Worsted (un bonheur !)

 L’envie est mon moteur, la phase d’imagination et de projection qui précède la réalisation c’est là que la magie se produit, que les idées s’imposent à moi, que l’obsession se transforme en réalisation.   

Mon penchant pour le tricot va toujours vers l’avant.

Le prochain projet m’intéresse plus que celui que je tricote actuellement parce qu’il est encore sous la forme idéale et pure du possible et du virtuel. Parce que je peux le modifier à l’infini.

 Les tricoteuses qui ont tendance à commencer trop de projet sans jamais les finir sont soit de celles qui partent tête baissée sans avoir pris le temps de mûrir leur projet, soit  de celles qui ont une idée tellement précise qu’elles n’arrivent jamais au résultat escompté et abandonnent en cours de route.

 Je suis exigeante, mais réaliste et j’aime me laisser surprendre. J’aime aussi avoir quelque chose à montrer après tout ce processus, même imparfait, même si je sais que le prochain sera mieux.  C’est aussi la raison pour laquelle je n’ai aucun scrupule à donner ce que je fais, chaque projet n’est qu’une étape vers un idéal à venir. Alors en avant ! Projet après projet, j’apprends et je défie le temps. Car passer des heures à tricoter n’est pas du temps perdu, bien au contraire.