Tu es ce moment fou qui me précipite dans un monde inconnu et nouveau. L’instant d’avant, j’étais là, dans ma vie. Dans la machine à faire tourner, les délais de remise d’un manuscrit, l’anniversaire de Jo à préparer…
L’instant d’avant, j’étais à la terrasse bien réelle d’un café. Je me retournais dans mon lit pour trouver une position confortable. Je me calais au fond d’un fauteuil trop étroit, cherchant en vain un peu moins d’inconfort. Je marchais, le nez au vent, la tête vide et les yeux pleins du paysage. Je demandais mon chemin à un inconnu dans la rue. Et me voici à mille lieues de moi-même, dans ce recoin de l’univers encore inexploré.
Tu es ce passage secret que l’on découvre quelquefois au fond de son jardin, après l’avoir contourné mille fois sans le voir. Cet itinéraire bis qui se révèle sans crier gare et qui peut tout changer. Tu es ce regard neuf, brillant, chargé de toutes ses possibilités.
L’instant d’avant c’était la vie et maintenant, c’est un voyage où tout paraît nouveau. Je sais déjà qu’ensuite, lorsque ce sera à nouveau la vie, elle sera chargée d’un petit quelque chose qui n’existait pas avant toi. Tu seras cette nouvelle nuance sur ma palette.
Tu n’as l’air de rien. Quelquefois même tu passes inaperçue. On ne peut t’identifier que par les transports dans lesquels tu nous plonges. Cette émotion vive, quelquefois fulgurante et toujours passagère que l’on perçoit toujours à contretemps. Il me faudra de temps en temps un gros effort pour parvenir à me souvenir de toi et comprendre d’où me vient cette nouvelle idée qui me surprend moi-même, cette idée là que je fais mienne et qui n’est que la somme de ces instants où tu t’es présentée à moi.
Tu peux adopter mille formes et surgir de partout. Tu es un livre, une conversation, une idée bizarre, un éclat de beau surgissant de nulle part, une œuvre d’art, un dessin d’enfant, un mot surpris par hasard dans la rue…
Tu es insaisissable et capricieuse, et tu ne donnes jamais que ce que l’on ne te demande pas. Je suis à ta merci et d’une certaine manière je te vénère. Quelquefois même je te supplie. Tu me tourmentes et tu m’émerveilles à la fois. Tu es, à ta façon, une raison de vivre. Toi la Muse des muses, celle que l’on nomme Inspiration.